"Ceci n'est pas un blog !" Ceci est un espace vivant qui, je l'espère, apportera quelques moments de réflexions, de sourires ou pourquoi pas d'agacement !
Encrier
Sur ma table d’écolier, je vois, versés, répandus, des centaines, des milliers de litres de pensées. Sur ma table d’écolier, sont grattées, au plus profond, mes questions et souvent, mon ennui.
Je remplis cette surface que d’autres ont déjà entamée. Je participe à cette tâche ardue et délicate, échapper à l’heure qui ne veut s’écouler.
En face, un professeur plein de bonnes intentions, ou non, et de son savoir, veut me livrer quelques notions de maths ou de géographie. Alors que nous devrions absorber, sans rechigner, la nourriture qui nous est offerte, nous crachons sans même sentir la pâtée. Le menu peut être bon, là n’est pas le problème. Le repas apporterait sûrement de quoi tenir pour les années à venir, là encore n’est pas mon souci. Cette table d’écolier vous crache un message que l’on ne peut comprendre si l’on est persuadé d’être du bon côté : mon désir n’est pas d’avaler mais de savourer, de trouver un plaisir à mon repas. Pour cela, il faut que je sois moi aussi acteur de la préparation. Le savoir se partage et n’est pas l’exclusivité de l’âge. La jeunesse n’est pas une outre vide qu’il faut remplir d’idées. Les idées naissent avec l’être, les bonnes aussi bien que les mauvaises.
Le professeur doit comprendre cela, mais l’élève aussi. Égalité ! Travaillons ensemble. Apprendre l’un de l’autre. Professeur pourrait être un grand métier, une vraie vocation. Aujourd’hui, c’est un gagne pain comme un autre et celui ou celle qui n’a pas autre chose à apporter que son savoir peut enseigner, voilà le problème. Ceci est encore plus désastreux quand ce savoir est censé être le meilleur, et est imposé sans nuances à un élève. Il n’y a pas de savoir sans être. Or chaque être véhicule un savoir qui lui est propre. Le savoir est peu de chose, l’écoute qui a permis d’acquérir ce savoir est beaucoup plus important.
Sur ma table d’écolier, je grave, j’écris, j’inscris, mais je n’écoute que mon ennui, mes doutes. Ma table pour faire écran à un discours qui ne m’est destiné. Non, il est lancé comme on lance ses graines au vent, sans savoir si la terre qui les reçoit est propice à cette culture.
Ni faute d’un côté, ni faute de l’autre, simplement un problème de société. On est là par ce qu’il le faut, mais le désir, l’envie est reniée et, n’est pas le moteur de cette pédagogie. Même le chien apprend en s’amusant !
Certes, en voulant donner un même (ou presque) enseignement à tout le monde, nous sommes passé au supermarché de l’éducation, mais à vouloir sauver des idées, ici celle de l’égalité, on en oublie d’autres. On écrase des pensées, on abolit le droit à la distinction. Chacun a le droit à un enseignement mais cela veut-il dire le même ? À tout standardiser, on détruit le plaisir, l’énergie et le goût d’étudier. On marginalise la créativité.
Sur ma table d’écolier, j’ai simplement prouvé que des idées, j’en avais… Encore faut-il les écouter.
Attention, car je vois déjà des réflexions de sauvegarde des enseignants. Je pense que ce métier pourrait, et devrait être valorisé car il le mérite. Il est d'une importance capitale, pas simplement pour l'apport potentiel de connaissances, mais aussi pour un rapport professeur à élève qui pourrait être un élément fondateur chez une personne. La transmission est probablement un acte primordiale et primaire chez l'homme. Encore faut-il savoir ce que l'on doit transmettre. Il ne me semble pas (mais je peux me faire lapidé ) qu'une date d'histoire, ni qu'une localisation géographique soient l'essentiel. Oserais-je dire que l'on peut s'en fiche... Par contre, l'échange réel de pensées, de contradictions, de regards, de non-dit... me semble d'une tout autre nature. Hélas, actuellement, et ce depuis des années, ce rapport est impossible. Physiquement impossible.