Partager l'article ! Un journée à buller: Dans ma bulle… Première journée de célib ...
Dans ma bulle…
Première journée de célibat. Volontairement, j’ai souhaité la passer seul pour n’avoir aucune contrainte, aucun rendez-vous et sentir le temps défilé doucement accompagnant les doux rayons d’une journée qui promet d’être ensoleillée.
La maison calme m’accueil ce matin comme si elle se voulait rassurante. Le chat miaule pour accéder à sa pâtée et j’ouvre une porte fenêtre toujours aussi coincé. Ma vie change mais la maison reste ce qu’elle est. Après un petit déjeuné animé par une odeur de chocolat chaud et d’une radio diffusant entre autre un bon morceau de Duke Ellington (caravan) puis un Lou Reed (Perfect day), je me dis qu’il va falloir sérieusement m’occuper d’un jardin trop longtemps déserté. Mais avant, radio en fond, je vais m’attaquer à quelques chemises qui ne veulent pas filer droit.
Moi qui pensait n’y passer qu’un court instant me voici embarqué par les vapeurs d’un fer qui n’en fini pas de glisser… Chemises, pantalons, tout y passe. Tant pis pour le jardin, je m’y mettrai un peu plus tard !
Et cette fois, je tiens ma promesse. Je coupe, je gratte, j’entasse et je laisse en plan quelques tas de branches et de feuilles, quelques pommes aussi. C’est toujours aussi bon de se défouler sur un râteau, une cisaille ou une tondeuse à mains. Mais voilà que j’en ai ma claque. J’ai faim et mon jardin a retrouvé un peu de son allure. Je me rends compte tout de même du travail qu’il reste à faire. J’ai des week-ends encore devant moi pour arriver à dompter la bête !
Voilà, j’ai mangé et je m’allonge un peu devant une émission banale de canal. Rien de transcendant et cela me permet de somnoler légèrement. Pas longtemps. J’avais noté quelques courses à faire, je me lève et prends le post-it que je glisse dans ma poche. Mais je sais déjà que ce ne sera qu’un prétexte pour sortir. Je prends la direction de Rennes, et déjà je m’éloigne un peu de mes achats. Je me laisse guider par l’intuition et celle-ci m’entraine droit vers le centre ville. A peine Cleunay dépassé que ça bouchonne, je bifurque et me gare près de la voie de chemin de fer, un peu loin du centre mais j’ai envie de marcher. Je longe donc les rails jusqu’au pont de Nantes. La ville a les couleurs d’une journée d’été mais n’en a pas la circulation. Je sens que le centre est en pleine effervescence avant même de m’y engager. J’arrive par l’arrière de Colombia, comme on approche un spectacle par les coulisses. A peine entré dans le centre commerciale qu’une odeur de fromage m’assaille. Je n’y resterai pas longtemps. Le soleil me manque déjà. Je ne peux m’empêcher d’aller faire un tour à la fnac. Je regarde DVD et livres mais je n’ai aucune envie d’acheter. Juste un regard distrait qui glisse sur la culture de masse. Je passe vite et retourne à l’air pas si pur mais si chaud de cette journée d’automne. Je sors par la grande porte, je suis à Rennes. Rennes que j’ai arpenté tant de fois et dans tant de conditions psychologiques différentes. Je me rappelle des années d’études, si on peut les nommer ainsi, où déjà sans attache, je trainais mais guêtres de rues en ruelles, juste un observateur, me sentant exclus de ce que je lorgnais. Mes années de tourisme devrais-je dire…
Aujourd’hui, de nouveau, je me sens comme un sectateur plutôt que comme un acteur. Mais mon état d’esprit est bien différent. Si à l’époque estudiantine j’étais habité par des pensées qui
bouclaient sur des impasses, mes pensées du jour sont plus légères. En partant de chez moi, j’ai rapidement pris mon Nikon, celui spécialement acheté pour mon périple. Je me place par le fait
comme un observateur. Ma première prise s’était porté sur quelques graffs planter sur une cabine de chantier, avant d’entrer en zone commerciale. Juste pour me faire la main. J’ose aujourd’hui
photographier les gens et c’est bien ce que je comptais faire aujourd’hui. Je sais que cela peut faire sourire, mais je n’ai longtemps photographié que des sujets inanimés car je n’arrivais pas à
me soustraire au regard de l’autre. Photographier ce dernier était me mettre en évidence devant lui alors que c’est moi qui le scrutais… Je lâche peu à peu ce ressentit, cette gène, mais il me
fait encore quelques tords.
Je descends donc la rue Tronjoly et je commence à humer l’active agitation qui plane sur Rennes. Les rues sont particulièrement vivantes. Le soleil pourrait en être la raison mais il n’en est pas
la seule. Déjà sur la vitrine d’une agence immobilière bien connue, des traces marquent un vent de revendications. « Non au nucléaire ! » peut-on lire sur les vitrines larges
et ostentatoires. Des slogans inscrits à la bombe filtrant les annonces d’appartements en attentes de locataires ou de propriétaires.
Deux rues plus loin, j’ai la confirmation qu’une manif est là. J’aperçois ce que je prends pour quelques pelées qui affirment leurs opinions et qui se révèlera comme être la tête d’un beau rassemblement. Je n’ai pas encore la spontanéité de les photographier. Je ne suis pas journaliste ! Je continue ma route et les laisse donc filer leur bout de chemin. Mais je retombe sur ce serpent plus long qu’envisagé. Place de la mairie, le défilé est toujours là, parsemé certes mais présent. Néanmoins, je les ignore encore et les laisse à leur expression pour m’attacher à celle d’une photographe exposée sur la place. Les photos sont belles mais ce qui m’intéresse, après avoir moi même fait mon tour d’horizon, est de saisir les gens qui regardent les photos. Les photographier à mon tour. Comme je l’écrivais il y a quelques lignes, ce n’est pas avec facilité que j’aborde cet exercice. Mais je le fais avec entrain et je vole quelques clichés. Je me sens toujours comme une sorte de regard sans prise sur ce qui se passe. Dans ma bulle. Je continue ma route voulant aller vers Virgin, et oui, après le fnac, pourquoi pas le concurrent. Mais la montée s’avère plus compliqué que prévu. La manif y est dense et je suis à contre courant ! Je tente une percée mais j’avance à grande peine. Je fais alors quelques prises de vue, cette foule ne m’offre qu’un portrait bigarré où les banderoles tracent une identité, un combat, un mouvement. Je comprends que pour atteindre Virgin il me faudra adhérer au mouvement ! Je passe alors par une rue de biais, une histoire de Toto s’offre à moi, je la prends au vol. Arrivé au carrefour de tous les combats, la file est aux arrêts. Une grande banderole clame 99%. Ayant suivit les infos, je reconnais là les Indignés. Et moi qui voulais aller à Virgin, je m’arrête écouter d’une oreille oisive le discours. Des chiffres et des mots chocs. Surement un désir légitime mais je n’ai pas le cœur à la manif, l’ais-je jamais eu. Déjà au collège, je manifestais dans les bars… Je ne suis pas un citoyen engagé, je ne suis même plus un homme engagé et ce jour ci, je n’ai d’engagement pour personne.
J’admires les lumières sur la foule et sur ces ballons festifs qui me renvoi à mon enfance plutôt qu’au sens profond de cette enfilade d’homme et de femmes motivés. Je suis plus sensible à la lumière qu’aux discours, un photo-sensible quoi ! Des discours que des cœurs souvent bien corrompus développent. Je crois en l’Homme mais peu en son désintéressement. Il est bien trop souvent soumis à ses propres combats intérieurs qu’il neutralise en s’accrochant à des joutes extérieures. Je reste un peu, admirant malgré tout, l’énergie déployée par certains pour animer une foule disparate. 99%. J’ai l’impression d’être le 1%, non de privilégié mais de retiré de la communauté qui s’étale devant moi. Mon appareil photo est la seule perche pour percer ma bulle et voler quelques traits de lumières. Oui, je suis un voleur de lumière, c’est tout et cela ne pèse pas bien lourd. Je laisse là leurs idées, aussi valeureuse soient-elles. Je prends le courant dans le bon sens cette fois. Je nage assez bien dans cette population aux tenues carnavalesque. Entre les cagoulés, les « imagés » et les baba-cool, je propose moi-même un look, fraichement rasé du matin, barbe et cheveux. Le look d’un mec qui va au Virgin. Et j’y suis ! Comme à la fnac, je passe mais rien ne m’accroche. Je ne fais même pas les étages. A peine entré, je me demande déjà ce que j’y fais. Virgin n’était qu’un prétexte. Je me sers de mes affinités habituelles pour dessiner un parcours. Alors je termine ce tour de manège en empruntant les escalators. Je me vois, reflet tendu sur les miroirs de cette descente. Un crâne chauve, un peu blanchi faute de n’avoir connu le feu du soleil, et je me sens dénudé. Ce même sentiment qui me fige quand je tente d’immortaliser un inconnu. L’impression d’entrer dans une intimité et de proposer la mienne. Etrange. Je surnage, mais peu de temps, le long fleuve peu tranquille des manifestants puis bifurque pour trouver le parlement de Bretagne. Tiens ! Je fais face à mon article précédent, sur les symboles, un lion ! Je le prends en photo. Il semble impassible et je me dis qu’il a du me voir passer nombre de fois, de jours comme de nuit, sobre ou non. Lui est toujours là, de marbre. Il regarde le chapiteau devant lui, sur la place. Je l’ai remarqué en arrivant car une musique tonitruante s’en dégageait, une musique rythmée et pas désagréable aux accents slaves. Je fais alors le tour de la place pour voir de quoi il s’agit. Le Grand soufflet. Là, je me dis que décidément, je ne suis rien de l’actualité rennaise. Il annonce un groupe qui serait le Mano Negra des pays de l’est ! Rien que cela. Mano Negra, encore une madeleine pour me ramener cette fois à mon adolescence. J’écoute un peu ce qui doit être des essais, puis je descends la rue Cavell pensant rejoindre les trois soleils en suivant le Maréchal Joffre. Oui, mais pas si vite. Je vois un camion de CRS posté dans la petite rue Baudelaire. J’hésite, puis je l’empreinte. Un CRS tout en armure me fait dos, juste posté devant moi, droit dans ses bottes. Je suis impressionné par l’armure noire et à l’aspect plastique qu’il arbore, protégeant épaules et tibias entre autres. Je n’ose le prendre en photo. Pourtant, ce sera un regret par la suite. C’est sûr, je ne pourrais être photographe de presse, cette vérité s’affirmera un peu plus tard. Je garde donc l’image de ce fonctionnaire, placé en retrait de la manif attendant des ordres éventuels. J’avance, dépasse les fourgons et le CRS, et débouche devant ZARA, roi des vêtements italiens à pas chers. Les anarchistes brandissent leurs drapeaux noirs. Leurs chemises du même noir, armure symbolique, font injures aux vitrines bariolées des marchands de fringues. Ils crient des slogans que je n’ai pas retenus, je les dépasse et prends quelques photos. Je sens quelques tensions alentour. Les manifestants doivent se faire apostropher par quelques spectateurs avinés. Je n’aime pas les tensions et n’ai jamais aimé cela. J’ai toujours évité les échauffourées. Il ne m’est arrivé qu’une fois ou deux fois de ne pouvoir y échapper et devoir lever moi aussi le poing. J’ai toujours pris cette réaction de fuite comme une certaine lâcheté mais au moins en suis-je ressorti sans trop de bobos inutiles. Les seules fois où j’ai dû y faire face, la peur s’en était allée et avait fait place à un certain sang-froid… Quoi qu’il en soit, au moment où a éclater une engueulade entre des chemises noires et des survet’ décathlon, j’ai décidé de continuer ma route. Je n’étais pas là pour prendre le risque d’un coup mal placé, je tiens à ma bulle ! Non, je ne serais jamais reporter de guerre. Donc, doucement, j’ai longé les quais suivant brièvement le cours des protestations jusqu’aux galeries Lafayette. Là, j’ai voulu prendre une photo car je trouvais le contraste intéressant entre ce qui était dénoncé et l’enseigne du magasin. Photo prise je suis retourné vers Colombia d’où je venais.
J’ai pu cheminer tranquillement mais en récupérant le Maréchal Joffre au passage comme promis. J’ai ainsi fini ma route en passant par l’allée commerçante reliant les Trois Soleils à Colombia. Comme si aucune manif n’avait lieu les badauds profitaient du seul et unique soleil. Tout de même, une mamie habillée d’une combinaison anti-nucléaire rappelait qu’à quelques rues défilaient la hargne et le mécontentement. Assise, elle mangeait un « américain », sorte d’entracte costumé. Je quitte ces espaces bondés pour retrouver les coulisses. Les grands bâtiments m’accueillent et m’écrasent. Est-ce pour cela que je tombe nez à nez avec le monument au mort ? Je suis toujours dans ma bulle, encore et toujours ce sentiment de ne m’intégrer à rien. Oui, mais vivant malgré tout ! Cette grande mise en scène assez moche, comme si la mort n’évoquait que la rigidité d’un cadavre, me le rappelle gentiment.
Je finis mon parcours un peu comme je l’ai commencé sauf qu’au lieu de graffs, j’aborde de vrais fresques qui cache la misère. « Le train train quotidien » inscrit haut sur les murs me raccroche aux wagons et je retrouve ma voiture. Mais au fait, j’étais parti pour des courses. Heureusement, Leclerc est là, sur le chemin pour me fournir les quelques babioles dont j’ai besoin. Le soir, de retour, je m’installe distraitement devant la télé. Ardisson accueille une autiste qu’il traite de génie (autiste Asperger). Si autiste est déjà un terme qui exclus – tiens ! Des êtres qui sont dans leur bulle – qu’en est-il alors du terme « génie » ? Elle parle effectivement comme si elle puisait ses mots dans toute la littérature française connue, et en fait une mosaïque à la limite de l’intelligible, même si cela a un sens, c’est évident. Je retiens qu’elle est très attachée aux symboles. Un nouvel écho à mes préoccupations de la veille. Si je ne suis assurément pas un génie, au moins suis-je un peu autiste !
J’achève sagement ma journée car je sais que demain m’attends une journée tout à fait différente, où je devrais me lever aux aurores pour griller un cochon ! S’en sera fait de ma solitude et de ma bulle, je passerai en mode sociable, un mode que j’adopte avec plaisir, d’autant qu’il sera accompagné de bons vivants, de soleil et de rosé… A chaque jour sa vie et ses envies !

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