Partager l'article ! Tous dans le même bain !: Tout prend forme, se dessine autour d’un monde de sensations, un monde intangible et qui pourtant nous sa ...
Tout prend forme, se dessine autour d’un monde de sensations, un monde intangible et qui pourtant nous saisi à chaque instant. Notre production de pensée n’échappe pas aux effets de ces sensations. Elle est écho aux bonnes ou mauvaises perceptions de nos sens. Inversement, nos sensations seront différemment interprétées selon notre état d’esprit… Nous sommes le produit d’une tension permanente entre ce que nous recevons et ce que nous produisons.
Même quand nous dormons, cette tension est active. Cet échange est le propre du vivant. On peut tout intellectualiser mais cette action même tient des sens. De cette alchimie qui transforme un tout en une production individualisée, de processus universel, nait une réponse unique et précieuse dont nous sommes le reflet. Nous sommes des variables que les sensations animent !
Quoi ou qui que nous soyons, nous appartenons à une chaine de production de réalités, chacun produisant son propre univers en réponse à un maillage infini d’informations. Des informations de natures et d’origines très différentes. Nous-mêmes, nous produisons nos propres informations et les recyclons sans fin ! Tous ces échanges/productions (une production étant un échange, et un échange une production) se font miraculeusement dans un rythme et une organisation cohérente, intelligible, qui rends notre être et notre conscience possible. Quelle est cette force qui harmonise ainsi notre petite usine à réalité, difficile de le deviner. Nos sensations/esprit deviennent un tout qui fait de nous une personnalité, un être doué de raison et qui nous différencie suffisamment des autres pour parler d’un Ego, d’un Je. Ce Je qui nous place à la fois en opposition aux autres, et nous associe à une « Humanité ». Nous nous reconnaissons dans l’autre et nous l’acceptons en tant qu’être doué de la même usine à réalité. Il n’en sera pas de même face à un chien, un poisson rouge ou une fourmi, ils n’ouvragent pas les mêmes matériaux et n’auront donc pas la même production. Ces derniers vivent leurs propres sensations, avec leurs propres outils. Leur production est une traduction directement liée à leurs besoins et elle développe un univers plus ou moins éloigné du nôtre. Une amide a forcément un univers (ce qui ne veut pas dire une « conscience ») mais il nous est impossible d’imaginer à quoi il peut ressembler.
Nous vivons tous dans un même Bain, mais nous n’en avons pas le même vécu. Nous sommes une des réponses organiques à notre environnement. Nos sens sont des portes, des accès qui nous offre une vision plutôt qu’une autre, un monde plutôt qu’une autre. Le Bain est, en lui-même, tous les mondes… De même que nos outils scientifiques orientent notre compréhension du monde, nous modélisons notre univers selon nos propres outils sensoriels et selon la configuration de notre être. Le fait d’être un organisme vivant debout sur terre, et non ailé ou non pourvu de nageoires, nous conditionne pour recevoir et produire un univers qui correspond à nos nécessités et plus radicalement, nous impose l’esprit qu’est le nôtre. Un esprit qui tente de saisir inlassablement ce grand Bain commun. L’esprit est une production de cette conjoncture structurelle et lui-même s’autoproduit. Autant dire que nous ne pouvons parler ni de Réalité, ni de Vérité absolues. Nous avons la possibilité d’imaginer cet état de fait, mais nous n’avons en rien les moyens de comprendre ce qu’est fondamentalement ce Bain au-delà du formel. Pour cette raison, il n’est nullement incompatible d’être à la fois un grand scientifique et un grand croyant. L’un s’attachant à chercher des réponses via ses outils sensoriels et ceux qu’il développe (tels des prothèses), l’autre ayant une foi (une intuition profonde que l’on ne peut ni démontrer, ni invalider : ne pas croire en dieu n’est-ce pas une foi ?) qui nait du lien indéfectible avec le Bain. Un Bain que l’on sait indéfinissable, innommable, et pourtant qui est à la base de tout. Croire, c’est avoir l’intuition que nous ne sommes lié à un principe plus grand que soi, c’est croire que notre usine à réalité ne produit finalement que des sensations et des conceptions conditionnés et donc propre au monde que nous produisons. On ne peut enfermer la foi dans une religion ou dans une autre, dans un monde ou dans un autre, sans, à mon sens, l’anéantir en la figeant en une croyance bardée de ses limites. L’homme ferait « dieu » à son image ! La religion doit rester un outil potentiel et non indispensable. C’est la foi qui a fait la religion et non l’inverse. La foi nait d’une intuition, et une intuition particulière nait de la foi. L’intuition qu’elle développe est une porte (un sens ?) vers l’indescriptible, l’insaisissable. De même que notre réalité ne sera jamais établie une bonne fois pour toute, la foi est vivante et ne cesse de se renouvelée. Le mouvement est permanent et omniprésent. Rien n’y échappe !
Le monde devient sensation si et seulement si nous recevons ces sensations, si et seulement si cette réception devient monde. Nous produisons à chaque instant ce que nous sommes, et ce que nous sommes est le résultat de ce que nous produisons ! Cette chaine sans fin, cette spirale, n’est pas une vision à la « matrix » où nous serions plongé dans un univers virtuel avec un corps matérialisé, mais au contraire, nous sommes cet univers et sans lui, le moi n’a aucune existence. Nous sommes ce que nous recevons/produisons, et nous sommes parce que nous recevons/produisons. Au delà, il n’y a que cet absolu indéfinissable. Nous sommes bien concrets, les sensations sont concrètes mais dans la mesure de notre propre concrétude ! L’imaginaire prend une toute autre dimension et les visions dites réalistes n’ont plus tout à fait le même poids.
A nous de produire un monde qui nous convienne et qui n’est pas voué à nous en exclure. Le monde actuel semble se réduire à une réalité de plus en plus restreinte, elle s’uniformise et en cela des mondes meurent chaque jour. Si notre forme organique est indissociable de notre perception globale du monde, plein d’autres facteurs créent des variations indispensables de cette perception : culture, climat, paysage, époque, etc. Alors même que nous n’avons jamais été aussi nombreux sur terre, il semble que nous n’ayons jamais eu si peu de réalités différentes. Une vérité veut s’imposer à la face du monde. Nous convergeons tous vers une seule et même vision, une production unique. Nous ne savons plus nourrir notre imaginaire et nous devenons prisonnier d’une production qui se réduit comme peau de chagrin… Il est très difficile aujourd’hui de penser différemment et d’enrichir ainsi nos perceptions/productions. Que l’on réagisse en accord ou en contradiction (c’est le même monde) nous sommes comme aspiré par un phénomène aliénant toute créativité, une forme de dictature inconsciente. Il faut donc croire en la force qu’est l’esprit, il fabrique des mondes ! La situation de crise actuelle est née de nos esprits et ces derniers l’alimentent et la renforcent quotidiennement. Pourtant, si l’esprit change, le monde change. Pour le moment, nous sommes figés comme des lapins devant les phares d’une voiture nous fonçant droit dessus ! La diversité des pensées et la multitude des variables vivantes sont des éléments fondamentaux. Une organisation complexe qui induit une énergie indispensable. Sans cela, l’esprit se meurt et le monde, nos mondes, avec. Est-ce une forme d’entropie, de mort par transformation de l’énergie vivante en une énergie fossile ?
Bien évidemment, cette conception n’est qu’une production parmi d’autre. Avec ses limites, son champ conceptuel, personnel et ici, lexical. Cette vision même est une production propre à ce que je suis et marque le fait que je suis. Alors, ne nous privons pas de créer et d’imaginer, offrons à nos sensations de nouveaux sens et à nos sens, de nouveaux mondes ! Question de bon sens...
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