Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 18:31

(vous prendrez bien un Biolay ?)

Une fois n’est pas coutume, j’aimerai me focaliser sur un état d’âme et précisément sur lui, pour tenter de le saisir, j’ai nommé, la mélancolie. Vieux sentiment s’il en est, choyé par les artistes du XIXè siècle, étudié par les sages de l’Antiquité et démystifié à coup de médoc par le XXè siècle, il est reconnu par celui que le rencontre, une face d'éternité. Il est discernable par sa forme ambigüe et par l’énergie étrange qu’il propose.

 

Sa définition n’a cessé d’évoluer. Elle est passée d’une forme de vide que le cœur et l'âme n’arrivent pas à combler à une dépression que la médecine ne sait pas vraiment soigner. Tantôt moteur de créativité, inspirant le spleen de Baudelaire, tantôt vide de l’esprit à trop affronter des démons envahissants, mais toujours un sentiment lié aux désirs d’absolus.

 

Je ne tenterai pas un historique de cet état de l’être mais plutôt, égoïstement, de dire ce qu’est pour moi la mélancolie. A ce stade de l’écrit, je n’en ai pas encore les mots, juste une sensation inscrite au creux de mon thorax, un animal en sommeil prêt à ronronner au moindre souffle qui le caresse.

 

D’abord, voici ce qu’elle n’est pas pour moi : une dépression nocive, un mal psychologique inhibant, une souffrance insupportable. Si ces derniers existent, ils ne sont pas mélancolie. Dans la mélancolie, la lumière est aussi présente que l’obscurité. Les deux se font face et de là, nait une émotion et un trouble si particuliers.

 

Vivre la mélancolie, c’est être dans un espace improbable que le passé et le futur se partage, un présent à la couleur d’automne et au parfum de printemps. On ne sait si on laisse la lumière pour aller vers l’obscurité ou s’il s’agit de l’inverse. Ce qui est palpable est cette tension jouissive d’un esprit pris entre deux eaux, et qui regarde derrière tout en avançant sereinement. La mélancolie exclus la peur, elle est résigné mais non soumise. L’esprit se repait de lui-même et de ces instants de coton qui vous plongent dans un si bel ennui.

 

Un regard langoureux sur ce que nous sommes, aurions pu être ou sur ce que nous fûmes. Un brouillard matinal sur un décor nocturne, une source que l’on confond avec un estuaire, une musique triste sur un sourire chaleureux. Un plaisir morbide vous couve de ses douces serres, pris dans un étau de velours qui vous confine dans un lieu aux limites infinies. Nul sentiment plus pur ne peut vous offrir un tel contraste avec autant de délicatesse. Le cœur vacille avec élégance et la chute est belle. Un plongeon vers les cieux, un saut vertical vers le terrestre.

 

La mélancolie est cette brise qui soulève quelques poussières et les dépose un peu plus loin. Elle ne bouleverse en rien votre monde, elle n’en a pas la prétention. Loin de la tempête, elle est à la fois tropicale et polaire. Un morceau de banquise qui flotte au large d’une plage chauffé à blanc. La mélancolie est juste un frisson dans le dos qui pique vos pensées d’une larme déjà oublié. Votre regard, porté par des images qui n’appartiennent à aucun de vos souvenirs, qui se partage entre fantasmes réels et passé imaginé. Vous êtes à fleur de falaise. Juste au bord d’un instant. Une marche le long d’une côté géante où la mer fait appel à votre cœur de marin et où la terre vous propose une demeure chargée, douce chaleur de vos regrets.

 

La mélancolie s’écoute, se déguste sagement avec une ambition sauvage. Comme un fauve qui construit sa propre cage et accepte la pâtée le temps d’un soupire. Cette joie si triste vous abreuve d’une musique qui s’accorde à tout les temps et à tous les lieux. Vous devenez dérisoire et cette dérision est plus importante que tout, elle est essentielle et est le fondement même de votre mélancolie. Une dérision qui met l’univers à genoux et qui se gausse de tout et surtout de soi-même. La mélancolie ne se voile pas, elle se regarde en face et ne craint aucun ridicule. Le ridicule est l’infiniment petit qui vous oppose à vous-même, affrontant le temps et l’espace avec nonchalance. Un serpent qui se mort la queue mais qui le fait avec délectation pour ne devenir qu’un point pas plus lourd qu’une planète et plus petit qu’un atome. Un quark sélénite habillé de soleil.

 

La mélancolie vous laisse là, sans sourciller, sans se soucier de votre trajectoire, ni de celles des autres. Par essence, elle observe juste en attendant l’obscur dénouement de cette parenthèse fœtale, pour pousser un cri sourd devant l’écho bruyant de pensées paresseuses. Encore un peu dans cet état pour profiter des pas feutrés, de la neige isolée et de la brume amoureuse. Encore un peu de ce feu léger qui consume sans consommer la pépite vitale battant sa démesure. Là, git la marque d’un blason offert.

 

De retour, au sortir d’une mélancolie, il nous faut rejoindre un monde tel qu’on l’avait laissé, et surtout, il nous faut recomposer un esprit diffus. ni recul, ni avancée. Une apnée entre deux respirations. Quand on la connu, la mélancolie ne nous quitte jamais vraiment, elle se fait discrète et attends sagement que l’on soit prêt à l’accueillir de nouveau. Ce sentiment n’est pas invasif mais il est comme une eau qui travail un terrain dur, qui fait son trou petit à petit, un gouffre merveilleux sans lequel nous ne serions qu’un écho sans profondeur.

 

Il ne faut pas croire que broyer un peu de noir soit si mauvais, ce qui l'est, est de ne vouloir que de la lumière ou de l'obscurité. Ce n'est que banale vérité que de dire qu'il n'y a d'ombre sans lumière et que dans tout ombre porte sa lumière. Aussi vrai que yin et le yang sont l'un et l'autre. Il devrait donc être tout aussi banal d'accepter d'être composé des deux et que chacun s'exprime à tour de rôle, ou de concert comme la mélancolie. L'ombre d'un instant peut être la lumière d'un autre ! 

 

Pourquoi ne pas finir sur les mots de Léo (le lion en cage qui savait rugir !) :

(…)

La melancolie

C'est regarder l'eau

D'un dernier regard

Et faire la peau

Au divin hasard

Et rentrer penaud

Et rentrer peinard

C'est avoir le noir

Sans savoir très bien

Ce qu'il faudrait voir

Entre loup et chien

C'est un desespoir

Qu'a pas les moyens

La melancolie


 

Par L'effetlent - Publié dans : essais - Communauté : Eurêka!
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